Le CESER alerte : le tout-numérique déstructuré fragilise l’école francilienne
Le Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) d’Île-de-France, assemblée indépendante représentant la société civile organisée, vient d’adopter à une écrasante majorité (139 voix pour, 0 contre) son avis sur les orientations budgétaires 2026 de la Région.
Son diagnostic est sans appel : la politique du tout-numérique imposé dans les lycées franciliens depuis la rentrée 2025 crée de nouvelles fractures et affaiblit les apprentissages.
Dans son avis, le CESER « recommande la vigilance sur la politique du tout-numérique et l’obligation faite à de nombreuses lycéennes et lycéens du public d’utiliser les manuels granulaires et la plateforme Pearltrees. Cela soulève plusieurs problématiques : écrans et leurs conséquences sur la santé mentale des élèves, implications pédagogiques, maîtrise inégale des outils numériques d’une famille à l’autre, tout comme la question urgente d’une maintenance informatique de qualité en lien avec les déploiements accélérés des outils numériques. »¹
Cette position officielle vient conforter ce que les Éditeurs d’Éducation répètent depuis des mois :
- le numérique n’est pas une baguette magique ;
- la fragmentation des savoirs en ressources éparpillées imposée par la plateforme unique de la Région Île-de-France désoriente les élèves, surcharge les enseignants² et exclut les parents ;
- l’école tout-écran accroît les inégalités territoriales et sociales : les établissements pouvant se le permettre sur leurs fonds propres et les parents les plus aisés continuent eux à acheter des manuels scolaires d’éditeurs pour leurs enfants.
SOMMAIRE
Pour une école structurée, hybride et équitable
Comme le CESER, nous plaidons pour une école structurée, hybride et équitable, où le manuel scolaire papier, à la richesse augmentée par le numérique, demeure le cadre commun qui hiérarchise les savoirs et relie les élèves, les enseignants et les familles.
Les Éditeurs d’Éducation ne s’opposent pas au numérique : ils développent depuis des années des manuels numériques enrichis et interopérables avec les différents outils utilisés par les enseignants pour préparer et animer leurs cours.
« L’avis du CESER est important : la société civile régionale reconnaît enfin que le choix de la Région Île-de-France d’imposer un format de manuels déstructuré, granulaire et numérique n’est ni durable, ni équitable, ni efficace pédagogiquement. Nous demandons que la parole des enseignants, des familles, des professionnels de santé et des éditeurs soit enfin entendue », déclare Delphine Dourlet, présidente des Éditeurs d’Éducation.
Ouvrir le débat avant qu’il ne soit trop tard
Alors que le Tribunal administratif de Montreuil doit se prononcer dans les prochaines semaines sur le recours introduit par les Éditeurs d’Éducation contre l’édition, par la région, de manuels « libres » au format 100% numérique déstructuré, l’avis du CESER montre que le débat qui résulte du dispositif régional imposé en Île-de-France dépasse largement le seul terrain juridique : il engage l’avenir de l’école républicaine francilienne.
Les Éditeurs d’Éducation appellent la Région Île-de-France à prendre pleinement en compte l’alerte lancée par le CESER, à ouvrir sans délai un véritable débat avec l’ensemble des acteurs concernés (enseignants, chefs d’établissement, familles, éditeurs, chercheurs), à revenir à une modernité raisonnée, articulant intelligemment manuels papier, manuels numériques enrichis et ressources complémentaires, au lieu d’une fuite en avant techno solutionniste aux risques pédagogiques mal évalués.
Pour les lycéennes et les lycéens d’Île-de-France, pour leurs enseignants, pour les familles, il est encore temps de choisir un modèle éducatif qui fasse du numérique un levier au service des savoirs, et non l’inverse.
¹ Avis – « Orientations budgétaires de la Région Île-de-France pour 2026 », p.12, CESER Île-de-France, https://www.ceser-iledefrance.fr/actualite/orientations-budgetaires-de-la-region-ile-de-france-pour-2026/
² Consultation OpinionWay pour Les Éditeurs d’Éducation, mars 2025 : 84% des enseignants considèrent que la décision de la région de ne proposer des manuels au format Pearltrees est une mauvaise chose ; 74% des enseignants considèrent que la plateforme n’est pas adaptée à leurs pratiques ; 72% des enseignants considèrent que la plateforme n’est pas adaptée aux besoins des élèves.









